Portrait robot du senior connecté

A shot of a senior couple video conferencing with their granddaughter

Il a plus de 55 ans (ou plus de 60 ans selon les études), mais a un rapport à l’âge beaucoup moins angoissé que ses aînés : le senior d’aujourd’hui a grandi après-guerre, dans un contexte économique très favorable, qui connaissait ce qui relève aujourd’hui du mythe, le plein emploi. A l’époque, le progrès n’était pas perçu comme potentiellement dangereux, mais comme porteur d’espoirs…

Les silver surfeurs, surfeurs aux temps grises et actives

Ceux que l’on nomme désormais les silveur surfeurs ne sont certes pas des digital native, mais ils embrassent le monde connecté avec la confiance propre à cette génération qui a prospéré avec les trente glorieuses. Ils représentent aujourd’hui un quart des internautes français et sont de plus en actifs en ligne. Contrairement à leurs enfants – les parents d’aujourd’hui -, ils ne voient dans les écrans que des motifs de satisfaction : ils se connectent pour communiquer et rester en contact avec leurs proches, pour aller à la pêche aux infos, pour jouer (ils sont par exemple surreprésentés sur le site de la Française des Jeux), pour consommer, et, de manière générale, pour occuper leur temps libre. Seuls freins pour eux : la complexité apparente des « technologies de l’information », et la crainte de perdre des données personnelles. Pour le reste, les seniors sont très éloignés des « dangers du Net » et ont un rapport positif avec les réseaux sociaux. La preuve : ils délogent peu à peu de Facebook les ados, et représentent aujourd’hui plus de 15% des inscrits américains, avec un bond de 80% en deux ans pour cette tranche d’âge.

Internet est essentiel

Même constat sur Twitter France, où la plus forte croissance du côté des utilisateurs vient des seniors (plus de 55 ans), dont le nombre a doublé entre 2012 et 2013, pour s’établir à 1,4 million… soir plus que les 15-24 ans (1,2 million). La campagne présidentielle de 2012, où les hommes politiques s’étaient emparés de Twitter, a peut-être poussé les seniors à se tourner vers ce réseau pour aller à la pêche aux infos. Ils ne sont pas cependant (pas encore !) des utilisateurs actifs. Au total, un senior français sur cinq est inscrit sur un réseau social. Pas étonnant, dans ces conditions, que la moitié des seniors considèrent qu’Internet est important pour leur vie sociale, voire « essentiel » pour 20% d’entre eux.

NB : tous les chiffres sont issus d’études, qui sont disponibles dans la rubrique « Faits et Chiffres » du site.

Publicités

Les seniors dans la galaxie 3.0

Du temps, l'envie de communiquer avec ses proches : les seniors investissent l'espace numérique

C’est une conversation entendue dans un train :
« – Tu sais comment envoyer des SMS ?
– Mais enfin, quand même… On est retraités mais on n’est pas empotés !« 

C’est ce grand-père qui prévient son petit-fils : « Bon, je ne te téléphonerai pas, je n’aurai pas le temps, un mail suffira.« 

C’est cette grand-mère qui assiste à une formation sur les réseaux sociaux parce qu’elle veut retrouver des « vieilles copines perdues de vue ».

Ce sont aussi ces grands-parents au jardin d’enfant, qui sont les premiers à dégainer le smartphone pour faire des vidéos, tandis que les parents n’ont pas le temps, trop occupés à surveiller leurs enfants qui courent partout.

Eux, ce sont des seniors. Et ils sont de plus en plus connectés. On les appelle même les silver surfeurs (surfeurs grisonnants). Ils ont un rapport très positif avec le numérique, parce qu’ils sont à un âge où l’on ne s’encombre plus de freins potentiels ou d’angoisses inutiles (le « danger » supposé des écrans ne passera pas par eux), et où l’on a une idée très précise de ses priorités (la famille, les enfants, les petits-enfants, la santé, les loisirs), priorités qui agissent comme des aiguillons pour créer et garder du lien. Et quels outils, aujourd’hui, permettent de garder facilement le contact avec sa sphère privée ? Les médias sociaux en particulier, Internet au sens large. Bref, le numérique.

Les seniors ont donc l’envie, cette envie éminemment humaine de communiquer avec leurs proches. Mais ils ont en plus une botte secrète, un atout en or, qui fait rêver les générations plus jeunes : du temps. Et il en faut, du temps, pour se former à ces outils souvent qualifiés de chronophages, pour les utiliser à sa guise, sans stress. Il en faut, du temps, pour gérer les 4500 photos et vidéos du dossier « images » de l’ordinateur. Il en faut, du temps, pour répondre aux mails et pour en envoyer. Il en faut, aussi, pour participer aux forums cuisine ou santé des sites de bien-être.

Le temps, l’envie : deux notions clés qui font des seniors de parfaits candidats à la vie numérique dans ce qu’elle a de meilleur.

Et de son côté, Internet a de quoi séduire les « personnes âgées ». En premier lieu justement parce que sur Internet, l’âge ne compte pas. Pour paraphraser le célèbre adage issu d’un dessin du New Yorker (sur Internet, personne ne sait que je suis un chien), on pourrait dire : sur Internet, personne ne sait que je suis un vieux. Les réseaux sociaux fonctionnent à l’affinité, les communautés se construisent en fonction des centres d’intérêt, pas en fonction de l’âge, même s’il est évident que certains centres d’intérêt sont liés à l’âge. Un « vieillard » comme Bernard Pivot, 78 ans, est très actif sur Twitter, où son compte réunit près de 200 000 abonnés. Sur Twitter toujours, les « jeunes retraités » viennent passer une partie de leur temps pour se tenir au courant et éventuellement interpeller des personnalités. Sur les forums, jeunes et moins jeunes s’échangent des recettes ou papotent de la pluie et du beau temps sans tenir compte de l’âge de son correspondant. Et puis sur Internet, on peut faire ses courses sans se déplacer.

Ce que l’étude du Credoc sur les « seniors connectés » résume ainsi : « Internet permet d’entretenir des relations avec un réseau d’anciens collègues et amis et avec la famille. Cela incite à se déplacer, à inviter chez soi et ainsi à continuer de consommer. La consommation des seniors est de fait dépendante des relations sociales qu’ils entretiennent, et qu’Internet facilite. »

Tout est donc en place pour que les seniors trouvent leur place en ligne. Et ils la prennent : en quatre ans, entre 2009 et 2013 l’utilisation des réseaux sociaux par les plus de 65 ans a triplé, passant de 13% à 43% selon une étude du Pew Research Center publiée en août 2013. Aujourd’hui, près d’un senior sur cinq est inscrit sur un réseau social.  En France, près de 3 millions de seniors sont sur Facebook.  Toutes les études le prouvent, et les chiffres ne vont cesser de croître, avec l’arrivée des baby boomers à la retraite.

C’est donc l’objet de ce blog : observer les usages pour mieux comprendre comment les seniors s’emparent du Web, et comment les différentes générations interagissent entre elles. Seniors 3.0 est en effet le dernier-né, sans jeu de mots, de la galaxie des blogs de la famille 3.0 : après Parents 3.0, qui s’intéresse aux usages parents / enfants depuis 2010, puis Ados 3.0 qui observe depuis deux ans au plus près les pratiques des ados connectés, il nous a paru logique que la galaxie 3.0 s’intéresse également aux silver surfeurs, de plus en plus nombreux, et aux profils variés. C’est donc chose faite aujourd’hui avec le lancement de Seniors 3.0. Le blog va scruter avec intérêt les comportements,  en épluchant les études disponibles,  en interviewant des spécialistes, en donnant la parole aux seniors, ou en mettant en lumière des initiatives intéressantes.

Laurence Bee
Journaliste, Fondatrice des blogs de la famille 3.0