Comment la connexion vient aux seniors

Ils ont 70 ans, 80 ans, 90 ans, voire plus… Ils ont passé leur vie hors connexion, l’Internet grand public n’ayant pas encore 20 ans. Pourtant, de plus en plus de seniors découvrent les mondes numériques, non pas par eux-mêmes, mais grâce aux jeunes générations. Lorsque les petits-enfants débarquent, ils débarquent avec cette extension d’eux-mêmes que constitue le smartphone, et connectent de facto leur entourage : les petits-enfants sont très souvent le premier point de contact, la porte d’entrée sur le Web des seniors. Ce sont eux à la fois les initiateurs, les guides, ce qui ne manque pas de les valoriser, bien davantage qu’avec leurs parents (« attends mamie, je vais t’aider à chercher sur Google »), et les pourvoyeurs d’envie (« si je veux avoir des nouvelles de mes petits-enfants, il faut que j’aille sur Facebook ! »).

Et quand les seniors ne vivent plus chez eux mais en maison de retraite, la connexion peut s’établir grâce à des initiatives intergénérationnelles. Malika Alouani est professeur des écoles dans les Hauts-de-Seine. Avec sa classe de CP, elle a bâti un très joli projet grâce auquel sa classe a pu s’équiper d’iPad, pour apprendre, mais aussi apprendre aux seniors. Sa classe est en effet allée à la rencontre de personnes âgées vivant en maison de retraite, qui n’avaient jamais vu d’iPad : des échanges ont eu lieu entre les élèves et les résidents, qui ont pu découvrir un monde tactile, et pour certains s’initier à Twitter avec cette classe de CP connectée. Les élèves de Malika Alouani racontent cette belle histoire numérique intergénérationnelle dans une vidéo, à regarder sans modération.

 

 

 

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Intergénér@tions : quand seniors et ados tissent des hyperliens

C’est l’histoire d’un projet riche en hyperliens, devant et derrière les écrans. Un projet pédagogique, qui débouche sur la mise en relation de plusieurs générations grâce au numérique, et justement baptisé : Intergénér@tions.

A Brest, des personnes âgées découvrent Internet avec des ados

A Brest, des personnes âgées découvrent Internet avec des ados

Depuis 2003, à Brest, Monique Argoualc’h, enseignante, a mis en place dans le cadre de sa classe Relais (les classes Relais sont des dispositifs spécifiques pour lutter contre le décrochage scolaire au collège) des ateliers d’initiation à Internet pour les personnes âgées en maison de retraite. Deux fois par semaine, des élèves en situation d’échec scolaire, au parcours souvent difficile, se trouvent dans la position de formateurs auprès d’un public en marge du numérique : le quatrième âge. Et ça fonctionne : les élèves se sentent valorisés dans leur rôle de passeurs de savoirs, et les personnes âgées, dépendantes (il s’agit d’un EHPAD, établissement d’hébergement pour personnes dépendantes) trouvent là un moyen de rester connectées, dans tous les sens du terme.  

Monique Argoualc’h raconte : « Au début, tout le monde me disait : « Tes ados ne voudront jamais y aller ! ». Mais je suis prof, et je le revendique. Mes élèves n’ont pas eu d’autre choix que d’y participer. Et dès les premières séances, les élèves se sont sentis valorisés. De leur côté, les personnes âgées étaient très intéressées. Tout le monde y a trouvé son compte. On est dans le « faire ensemble » rendu possible par le numérique. »  Depuis plus de 10 ans que le projet Intergénér@tions existe, de belles rencontres (des « rencontres improbables » comme les définit Monique), de beaux échanges, ont eu lieu, grâce auxquels la notion d’âge est dépassée, et où la communication « réelle » s’établit devant des écrans. « Je suis très étonnée de constater l’attention que mes élèves, dont certains sont très difficiles, portent aux personnes âgées, qui peuvent elles aussi être difficiles, poursuit Monique Argoualc’h. C’est la rencontre de deux univers, qui grâce au numérique, trouvent des passerelles et des liens. Par exemple, un de mes élèves avait rédigé son rapport de stage en corps 24. Quand je m’en suis étonnée, il m’a expliqué que c’était pour qu’un des résidents de l’EHPAD puisse le lire… De leur côté, les personnes âgées remercient souvent les élèves. »

Bloguer et tweeter

Les ateliers « InterG », comme les appellent les participants, ont lieu deux fois par semaine dans une salle connectée de l’EHPAD, en présence d’un intervenant de l’association Infini, une association qui participe au projet, et d’un intervenant de l’EHPAD qui forme les élèves à l’univers spécifique des personnes dépendantes. Peu à peu, le projet a également attiré des seniors valides, indépendants, membres d’un club du troisième âge du quartier, qui viennent eux aussi s’initier aux joies du Net en compagnie des adolescents, voire entre eux.

La participation des personnes âgées de l’EHPAD est volontaire, elles sont en tout une dizaine à s’y intéresser. « Mes élèves arrivent toujours avec 5 propositions que nous avons travaillées en classe, mais ils sont à l’écoute des demandes des personnes âgées. Ces dernières sont très friandes de courrier électronique pour communiquer avec leur famille. On essaie également de les pousser à la publication » précise Monique Argoualc’h. C’est ainsi par exemple qu’est né Blogages, un blog sur lequel résidents de l’EHPAD et élèves s’expriment, ces derniers pouvant également choisir de s’exprimer en langage SMS.  Plus récemment, un compte Twitter Intergénér@tions a été ouvert pour permettre aux personnes âgées de découvrir le réseau social. Via ce compte Twitter, les seniors participent à « Philo en relais », des débats philosophiques sur Twitter initiés par une classe de Saint Nazaire.

Papy Launcher : simplifier les tablettes

Parmi d’autres projets, Intergénér@tions est en train de donner naissance, toujours sous l’impulsion de Monique Argoualc’h, à une évolution autour des tablettes, qui implique les étudiants de Télécom Bretagne dans un projet baptisé Papy Launcher.  « Il y a deux ans, nous avons acheté des tablettes pour le dispositif Relais. Nous les avons amenées à l’EHPAD dans le cadre d’InterG. Mais nous nous sommes rendu compte que la manipulation des tablettes était compliquée pour les personnes très âgées : icônes trop petites, prise en main pas évidente, problèmes de lisibilité… J’ai donc proposé à des étudiants de Télécom Bretagne de travailler sur un projet qui permettrait de simplifier l’usage des tablettes pour les personnes très âgées, en lien avec mes élèves de la classe Relais. Ce projet est baptisé Papy Launcher. Les étudiants de Télécom Bretagne ont mis au point un questionnaire à destination des personnes âgées, et mes élèves sont chargés de faire remonter les observations. Chacun a un rôle. Les personnes âgées sont ravies de participer, l’enjeu est concret et utile, c’est valorisant pour tout le monde. L’autre enjeu de Papy Launcher, au-delà de l’aspect technologique, c’est que chacun modifie l’image préconçue qu’il peut avoir de l’autre : étudiants, élèves, personnes âgées. » Intergénér@tions, le projet porte décidément bien son nom.

Pour aller plus loin

Vidéo : Marie-Louise, doyenne d’Intergénér@tions http://medias.drrivedroite.infini.fr/medias/videos-realisees-par-le-dr/article/la-doyenne-d-intergenerations

Toutes les vidéos Intergénér@tions : http://medias.drrivedroite.infini.fr/

Le site Intergénér@tions : http://intergenerations.infini.fr/

Le blog Blogages : http://blogages.infini.fr/index.php

Le compte Twitter https://twitter.com/drinterG

Le site du Dispositif Relais http://drrivedroite.infini.fr/

Les seniors dans la galaxie 3.0

Du temps, l'envie de communiquer avec ses proches : les seniors investissent l'espace numérique

C’est une conversation entendue dans un train :
« – Tu sais comment envoyer des SMS ?
– Mais enfin, quand même… On est retraités mais on n’est pas empotés !« 

C’est ce grand-père qui prévient son petit-fils : « Bon, je ne te téléphonerai pas, je n’aurai pas le temps, un mail suffira.« 

C’est cette grand-mère qui assiste à une formation sur les réseaux sociaux parce qu’elle veut retrouver des « vieilles copines perdues de vue ».

Ce sont aussi ces grands-parents au jardin d’enfant, qui sont les premiers à dégainer le smartphone pour faire des vidéos, tandis que les parents n’ont pas le temps, trop occupés à surveiller leurs enfants qui courent partout.

Eux, ce sont des seniors. Et ils sont de plus en plus connectés. On les appelle même les silver surfeurs (surfeurs grisonnants). Ils ont un rapport très positif avec le numérique, parce qu’ils sont à un âge où l’on ne s’encombre plus de freins potentiels ou d’angoisses inutiles (le « danger » supposé des écrans ne passera pas par eux), et où l’on a une idée très précise de ses priorités (la famille, les enfants, les petits-enfants, la santé, les loisirs), priorités qui agissent comme des aiguillons pour créer et garder du lien. Et quels outils, aujourd’hui, permettent de garder facilement le contact avec sa sphère privée ? Les médias sociaux en particulier, Internet au sens large. Bref, le numérique.

Les seniors ont donc l’envie, cette envie éminemment humaine de communiquer avec leurs proches. Mais ils ont en plus une botte secrète, un atout en or, qui fait rêver les générations plus jeunes : du temps. Et il en faut, du temps, pour se former à ces outils souvent qualifiés de chronophages, pour les utiliser à sa guise, sans stress. Il en faut, du temps, pour gérer les 4500 photos et vidéos du dossier « images » de l’ordinateur. Il en faut, du temps, pour répondre aux mails et pour en envoyer. Il en faut, aussi, pour participer aux forums cuisine ou santé des sites de bien-être.

Le temps, l’envie : deux notions clés qui font des seniors de parfaits candidats à la vie numérique dans ce qu’elle a de meilleur.

Et de son côté, Internet a de quoi séduire les « personnes âgées ». En premier lieu justement parce que sur Internet, l’âge ne compte pas. Pour paraphraser le célèbre adage issu d’un dessin du New Yorker (sur Internet, personne ne sait que je suis un chien), on pourrait dire : sur Internet, personne ne sait que je suis un vieux. Les réseaux sociaux fonctionnent à l’affinité, les communautés se construisent en fonction des centres d’intérêt, pas en fonction de l’âge, même s’il est évident que certains centres d’intérêt sont liés à l’âge. Un « vieillard » comme Bernard Pivot, 78 ans, est très actif sur Twitter, où son compte réunit près de 200 000 abonnés. Sur Twitter toujours, les « jeunes retraités » viennent passer une partie de leur temps pour se tenir au courant et éventuellement interpeller des personnalités. Sur les forums, jeunes et moins jeunes s’échangent des recettes ou papotent de la pluie et du beau temps sans tenir compte de l’âge de son correspondant. Et puis sur Internet, on peut faire ses courses sans se déplacer.

Ce que l’étude du Credoc sur les « seniors connectés » résume ainsi : « Internet permet d’entretenir des relations avec un réseau d’anciens collègues et amis et avec la famille. Cela incite à se déplacer, à inviter chez soi et ainsi à continuer de consommer. La consommation des seniors est de fait dépendante des relations sociales qu’ils entretiennent, et qu’Internet facilite. »

Tout est donc en place pour que les seniors trouvent leur place en ligne. Et ils la prennent : en quatre ans, entre 2009 et 2013 l’utilisation des réseaux sociaux par les plus de 65 ans a triplé, passant de 13% à 43% selon une étude du Pew Research Center publiée en août 2013. Aujourd’hui, près d’un senior sur cinq est inscrit sur un réseau social.  En France, près de 3 millions de seniors sont sur Facebook.  Toutes les études le prouvent, et les chiffres ne vont cesser de croître, avec l’arrivée des baby boomers à la retraite.

C’est donc l’objet de ce blog : observer les usages pour mieux comprendre comment les seniors s’emparent du Web, et comment les différentes générations interagissent entre elles. Seniors 3.0 est en effet le dernier-né, sans jeu de mots, de la galaxie des blogs de la famille 3.0 : après Parents 3.0, qui s’intéresse aux usages parents / enfants depuis 2010, puis Ados 3.0 qui observe depuis deux ans au plus près les pratiques des ados connectés, il nous a paru logique que la galaxie 3.0 s’intéresse également aux silver surfeurs, de plus en plus nombreux, et aux profils variés. C’est donc chose faite aujourd’hui avec le lancement de Seniors 3.0. Le blog va scruter avec intérêt les comportements,  en épluchant les études disponibles,  en interviewant des spécialistes, en donnant la parole aux seniors, ou en mettant en lumière des initiatives intéressantes.

Laurence Bee
Journaliste, Fondatrice des blogs de la famille 3.0