Les seniors, plaisanciers du Net

Les seniors plaisanciers du NetQu’est-ce qu’un senior en 2016 ? Epineuse question pour laquelle il n’existe pas une, mais des réponses, tant les profils sont variés. Mais une chose est sûre : le senior de 2016 a de plus en plus en commun avec l’homo numericus. Il observe « les écrans » la plupart du temps avec un regard bienveillant, à tout le moins curieux. Un regard de plaisancier, qui navigue sur le Net loin des tempête de « temps écran » gérées par les parents, et loin des problèmes de harcèlement parfois rencontrés par les ados. Ces plaisanciers jettent volontiers l’ancre dans les eaux tempérées des sites de culture, de jeux, d’information, de communication…

Car qu’on se le dise : le senior de 2016 est compatible avec le numérique. Pour certains seniors, cela prendra la forme d’une relation bien plus constante avec la famille grâce aux réseaux sociaux, pour d’autres d’un gain de temps pour organiser ses loisirs ou s’informer, et, pour de plus en plus de seniors, d’un moyen de rester en forme, grâce en particulier aux objets connectés.

Désormais, la frontière qui pouvait exister entre la jeune génération connectée et la génération des seniors censée être réticente aux « nouvelles technologies » s’estompe. Certes, tous les seniors ne sont pas encore sur Snapchat ou Periscope, ni même Twitter… Mais ils ont largement investi Facebook, et sont très friands de « bon temps numérique », que ce soit via Skype ou les sites d’économie collaborative, auxquels ils sont de plus en plus sensibles.

Logique quand on réalise que les « nouvelles technologies » ont une trentaine d’années… et ont donc été intégrées et utilisées par les baby-boomers, cette génération -dorée- de seniors qui arrive à la retraite et fait du « vieux » un être plein d’avenir. D’ailleurs, ne leur dites surtout pas qu’ils sont vieux, ils ne savent pas ce que cela veut dire. Ils donnent même naissance à une nouvelle catégorie de seniors, celle des silver surfeurs, avides de mieux connaître la culture numérique pour mieux s’en emparer.

C’est pour essayer d’y voir un peu plus clair dans cette génération aux contours de plus en plus pixelisés que Laurence Bée, qui a créé son observatoire Seniors 3.0 il y a trois ans, propose « Les seniors, plaisanciers du Net », un diaporama, condensé chiffré et illustré des formations et conférences qu’elle donne régulièrement sur cette thématique des seniors et du numérique. Pour le recevoir gratuitement (format pdf), envoyez simplement un mail à laurencebee @ gmail.com, ou remplissez le formulaire ci-dessous

Comment la connexion vient aux seniors

Ils ont 70 ans, 80 ans, 90 ans, voire plus… Ils ont passé leur vie hors connexion, l’Internet grand public n’ayant pas encore 20 ans. Pourtant, de plus en plus de seniors découvrent les mondes numériques, non pas par eux-mêmes, mais grâce aux jeunes générations. Lorsque les petits-enfants débarquent, ils débarquent avec cette extension d’eux-mêmes que constitue le smartphone, et connectent de facto leur entourage : les petits-enfants sont très souvent le premier point de contact, la porte d’entrée sur le Web des seniors. Ce sont eux à la fois les initiateurs, les guides, ce qui ne manque pas de les valoriser, bien davantage qu’avec leurs parents (« attends mamie, je vais t’aider à chercher sur Google »), et les pourvoyeurs d’envie (« si je veux avoir des nouvelles de mes petits-enfants, il faut que j’aille sur Facebook ! »).

Et quand les seniors ne vivent plus chez eux mais en maison de retraite, la connexion peut s’établir grâce à des initiatives intergénérationnelles. Malika Alouani est professeur des écoles dans les Hauts-de-Seine. Avec sa classe de CP, elle a bâti un très joli projet grâce auquel sa classe a pu s’équiper d’iPad, pour apprendre, mais aussi apprendre aux seniors. Sa classe est en effet allée à la rencontre de personnes âgées vivant en maison de retraite, qui n’avaient jamais vu d’iPad : des échanges ont eu lieu entre les élèves et les résidents, qui ont pu découvrir un monde tactile, et pour certains s’initier à Twitter avec cette classe de CP connectée. Les élèves de Malika Alouani racontent cette belle histoire numérique intergénérationnelle dans une vidéo, à regarder sans modération.

 

 

 

Youtube, c’est aussi pour les seniors

Les seniors vus par le Youtubeur Norman... une vision dépassée ?

Les seniors vus par le Youtubeur Norman… une vision dépassée ?

En partant à la recherche des ados, on finit par rencontrer les seniors, questions de lien intergénérationnel : dans une de ses vidéos récentes, Norman, célèbre « youtubeur » aux millions de vues, explique combien il est accro à son smartphone, et combien les personnes âgées n’y comprennent rien puisqu’elles sont censées prendre des photos comme au bon vieux temps de l’argentique, en collant l’oeil sur l’objectif. Glissé dans les commentaires, le petit clin d’oeil d’une mamie rappelle discrètement que les vieux ne sont pas si dépassés que ça : « J’annonce une petite nouvelle : même les mamies peuvent être « accro » au smartphone… oui, oui… ça existe !!! ♡♥♡ ;-) »

La preuve, ils sont sur Youtube, ils regardent des vidéos supposées être réservées aux jeunes, et en plus, ils lâchent des coms.

Les études le confirment : les « vidéonautes » de plus de 60 ans sont de plus en plus nombreux. D’après Médiamétrie, en 2013, les 64 ans et plus étaient 3,7 millions par mois, soit 11% des vidéonautes, à regarder des vidéos sur les plateformes comme Youtube, Dailymotion, Viméo ou sur les sites des chaînes de télé. Avec les 13 – 24 ans, ce sont les seniors qui, en se connectant au moins une fois par semaine, tirent les pratiques médias et multimédias. Ces « seniors numériques » recourent aux vidéos pour de nombreuses raisons que leur offrent le temps dont ils disposent : recettes de cuisine, tutos divers et variés qui se substituent désormais aux fastidieux modes d’emploi. Mais surtout, les plateformes comme Youtube offrent la possibilité aux moins jeunes de plonger dans des vidéos de leur jeunesse passée, et remettent les chanteurs du passé sur le devant de la scène numérique à coup de « pouces verts ». A côté d’un Youtube qui semble trusté par Katy Perry, Justin Bieber ou les One Direction, la nostalgie offre une forme d’éternité à Charles Dumont, Tino Rossi, ou Luis Mariano. De quoi donner un bon coup de vieux à cette vidéo du Youtubeur Cyprien…

 

Intergénér@tions : quand seniors et ados tissent des hyperliens

C’est l’histoire d’un projet riche en hyperliens, devant et derrière les écrans. Un projet pédagogique, qui débouche sur la mise en relation de plusieurs générations grâce au numérique, et justement baptisé : Intergénér@tions.

A Brest, des personnes âgées découvrent Internet avec des ados

A Brest, des personnes âgées découvrent Internet avec des ados

Depuis 2003, à Brest, Monique Argoualc’h, enseignante, a mis en place dans le cadre de sa classe Relais (les classes Relais sont des dispositifs spécifiques pour lutter contre le décrochage scolaire au collège) des ateliers d’initiation à Internet pour les personnes âgées en maison de retraite. Deux fois par semaine, des élèves en situation d’échec scolaire, au parcours souvent difficile, se trouvent dans la position de formateurs auprès d’un public en marge du numérique : le quatrième âge. Et ça fonctionne : les élèves se sentent valorisés dans leur rôle de passeurs de savoirs, et les personnes âgées, dépendantes (il s’agit d’un EHPAD, établissement d’hébergement pour personnes dépendantes) trouvent là un moyen de rester connectées, dans tous les sens du terme.  

Monique Argoualc’h raconte : « Au début, tout le monde me disait : « Tes ados ne voudront jamais y aller ! ». Mais je suis prof, et je le revendique. Mes élèves n’ont pas eu d’autre choix que d’y participer. Et dès les premières séances, les élèves se sont sentis valorisés. De leur côté, les personnes âgées étaient très intéressées. Tout le monde y a trouvé son compte. On est dans le « faire ensemble » rendu possible par le numérique. »  Depuis plus de 10 ans que le projet Intergénér@tions existe, de belles rencontres (des « rencontres improbables » comme les définit Monique), de beaux échanges, ont eu lieu, grâce auxquels la notion d’âge est dépassée, et où la communication « réelle » s’établit devant des écrans. « Je suis très étonnée de constater l’attention que mes élèves, dont certains sont très difficiles, portent aux personnes âgées, qui peuvent elles aussi être difficiles, poursuit Monique Argoualc’h. C’est la rencontre de deux univers, qui grâce au numérique, trouvent des passerelles et des liens. Par exemple, un de mes élèves avait rédigé son rapport de stage en corps 24. Quand je m’en suis étonnée, il m’a expliqué que c’était pour qu’un des résidents de l’EHPAD puisse le lire… De leur côté, les personnes âgées remercient souvent les élèves. »

Bloguer et tweeter

Les ateliers « InterG », comme les appellent les participants, ont lieu deux fois par semaine dans une salle connectée de l’EHPAD, en présence d’un intervenant de l’association Infini, une association qui participe au projet, et d’un intervenant de l’EHPAD qui forme les élèves à l’univers spécifique des personnes dépendantes. Peu à peu, le projet a également attiré des seniors valides, indépendants, membres d’un club du troisième âge du quartier, qui viennent eux aussi s’initier aux joies du Net en compagnie des adolescents, voire entre eux.

La participation des personnes âgées de l’EHPAD est volontaire, elles sont en tout une dizaine à s’y intéresser. « Mes élèves arrivent toujours avec 5 propositions que nous avons travaillées en classe, mais ils sont à l’écoute des demandes des personnes âgées. Ces dernières sont très friandes de courrier électronique pour communiquer avec leur famille. On essaie également de les pousser à la publication » précise Monique Argoualc’h. C’est ainsi par exemple qu’est né Blogages, un blog sur lequel résidents de l’EHPAD et élèves s’expriment, ces derniers pouvant également choisir de s’exprimer en langage SMS.  Plus récemment, un compte Twitter Intergénér@tions a été ouvert pour permettre aux personnes âgées de découvrir le réseau social. Via ce compte Twitter, les seniors participent à « Philo en relais », des débats philosophiques sur Twitter initiés par une classe de Saint Nazaire.

Papy Launcher : simplifier les tablettes

Parmi d’autres projets, Intergénér@tions est en train de donner naissance, toujours sous l’impulsion de Monique Argoualc’h, à une évolution autour des tablettes, qui implique les étudiants de Télécom Bretagne dans un projet baptisé Papy Launcher.  « Il y a deux ans, nous avons acheté des tablettes pour le dispositif Relais. Nous les avons amenées à l’EHPAD dans le cadre d’InterG. Mais nous nous sommes rendu compte que la manipulation des tablettes était compliquée pour les personnes très âgées : icônes trop petites, prise en main pas évidente, problèmes de lisibilité… J’ai donc proposé à des étudiants de Télécom Bretagne de travailler sur un projet qui permettrait de simplifier l’usage des tablettes pour les personnes très âgées, en lien avec mes élèves de la classe Relais. Ce projet est baptisé Papy Launcher. Les étudiants de Télécom Bretagne ont mis au point un questionnaire à destination des personnes âgées, et mes élèves sont chargés de faire remonter les observations. Chacun a un rôle. Les personnes âgées sont ravies de participer, l’enjeu est concret et utile, c’est valorisant pour tout le monde. L’autre enjeu de Papy Launcher, au-delà de l’aspect technologique, c’est que chacun modifie l’image préconçue qu’il peut avoir de l’autre : étudiants, élèves, personnes âgées. » Intergénér@tions, le projet porte décidément bien son nom.

Pour aller plus loin

Vidéo : Marie-Louise, doyenne d’Intergénér@tions http://medias.drrivedroite.infini.fr/medias/videos-realisees-par-le-dr/article/la-doyenne-d-intergenerations

Toutes les vidéos Intergénér@tions : http://medias.drrivedroite.infini.fr/

Le site Intergénér@tions : http://intergenerations.infini.fr/

Le blog Blogages : http://blogages.infini.fr/index.php

Le compte Twitter https://twitter.com/drinterG

Le site du Dispositif Relais http://drrivedroite.infini.fr/

Seniors et jeux vidéo : des connexions réussies

BlogSeniors-mamie jeux vidéo

« C’est d’abord pour jouer avec mes petits-enfants que je me suis mise aux jeux vidéo ». A première vue, Monique, la soixantaine, n’a pas le profil d’une gameuse. Pourtant, depuis qu’elle a découvert les joies des jeux vidéo avec la console familiale Wii, Monique ne tarit pas d’éloges sur ce loisir : « Au départ, j’étais très réticente. Pour moi, rien ne valait un jeu de société comme le Monopoly ou des jeux de cartes pour jouer avec mes petits-enfants. Et puis un Noël, ils m’ont fait découvrir la Wii, et je me suis surprise à passer du bon temps avec eux en jouant à Mario Kart ou en faisant des parties de bowling acharnées » reconnaît aujourd’hui Monique.

Et contrairement aux idées reçues, elle n’est pas la seule senior à trouver des vertus aux jeux vidéos. Ainsi, la Wii a donné lieu à une utilisation thérapeutique dans des maisons de retraite. L’instigatrice de cette « Wiithérapie » est une maison de retraite de Montpellier qui, depuis 2008, propose à ses résidents des séances de jeu quotidiennes avec la console. Après 18 mois d’utilisation, un premier bilan, publié sur le site, faisait état d’une dizaine de résidents utilisateurs réguliers, tandis qu’une quinzaine jouait « par procuration », c’est-à-dire en applaudissant ou encouragent. Surtout, les responsables expliquent : « Nous constatons que certaines personnes, avec des pertes de mémoire importantes, ne se souviennent pas avoir déjà joué à la Wii alors qu’elles le font depuis plusieurs mois. Mais il est étonnant de voir que leur performance s’améliore de semaine en semaine, ce que l’on peut expliquer par un apprentissage de la mémoire procédurale. »

Ce constat dressé dans cette maison de retraite est confirmé par plusieurs études récentes très sérieuses, selon lesquelles les jeux vidéo sont une occupation très saine pour les plus âgés, notamment parce qu’ils renforcent leurs capacités cognitives. Des chercheurs de l’université de l’Iowa vont même plus loin dans leur conclusion : jouer aux jeux vidéo retarderait le vieillissement mental. Ils tirent cette conclusion après avoir testé auprès de 681 cobayes de plus de 50 ans un jeu baptisé « Road Tour » (renommé, depuis la publication de l’étude en mai 2013, « Double Decision »), qui consiste à identifier des voitures le plus rapidement possible d’après leur plaque d’immatriculation. « On n’a pas seulement prévenu leur déclin, on a accéléré leurs facultés mentales » affirme l’un des responsables de l’étude.

Même constat dans une étude menée à l’université de Californie, où des utilisateurs ont été confrontés à « Neuro Racer », un jeu en 3D spécifiquement conçu pour la recherche, d’où il appert que les facultés cognitives sont effectivement améliorées en s’amusant avec ce serious game (appellation donnée aux jeux vidéo « sérieux », qui combinent à la fois un aspect ludique et un aspect pédagogique, ou en tout cas pas uniquement lié au divertissement).

En France, le projet Azagame, qui implique notamment l’Inria (organisme public de recherche, dédié aux technologies du numérique), vise au développement d’un serious game pour lutter plus spécifiquement contre la maladie d’Alzheimer, et qui permet notamment aux soignants de suivre l’évolution de la maladie.

Dans ces conditions, pas étonnant qu’une autre étude souligne, de son côté, les vertus émotionnelles des jeux vidéo auprès des plus âgés : ils aideraient les seniors à se sentir mieux et à éprouver des émotions positives. C’est en tout cas le résultat d’une étude publiée par la North Carolina State University, qui a scruté les réactions de 140 personnes âgées de 63 ans et plus. Des résultats encourageants, qui permettent de porter un regard différent à la fois sur les seniors, et sur les jeux vidéo, traditionnellement perçus comme pouvant être parfois dangereux pour les plus jeunes.

Aller plus loin :

Wiithérapie à la maison de retraite Le Foyer du Romarin : http://www.foyerduromarin.com/prestations-proposees/wiitherapie/

Université de l’Iowa, étude sur le jeu vidéo Road Tour : http://now.uiowa.edu/2013/03/want-slow-mental-decay-play-video-game

Neuro Racer, université de Californie : https://www.ucsf.edu/news/2013/09/108616/training-older-brain-3-d-video-game-enhances-cognitive-control

Azagame : http://www.azagame.fr/

Émotions positives et bien-être, étude de l’université de North Carolina : http://news.ncsu.edu/releases/wms-allaire-social-2013/

Seniors et informatique : des usages utilitaires

BlogSeniors-ordissimo

On a souvent tendance à considérer que les seniors et l’informatique ne font pas forcément bon ménage. Principal frein évoqué, validé par des études récentes : l’aspect technique, qui rebute une population qui n’a parfois jamais été en contact avec un ordinateur. Pour mieux comprendre les mécanismes en jeu, Seniors 3.0 est allé à la rencontre de l’un des rares fabricants à s’adresser spécifiquement aux seniors : Ordissimo. Cette société, née en 2002, a en effet mis au point un système d’exploitation 100 % français qui mise sur la simplicité, et commercialise une gamme informatique spéciale seniors, allant de la tablette à l’ordinateur tactile 24′. Décryptage des rapports entre seniors et ordinateurs avec Eric Depierre, directeur marketing d’Ordissimo.

Comment est né Ordissimo ?

Lorsqu’Ordissimo a été créée, la société s’était fixé pour mission de rendre les ordinateurs plus accessibles, et à un plus grand nombre. Nous avons ciblé dès le départ les personnes qui n’étaient pas encore équipées et qui étaient réticentes à le faire, en mettant en avant la facilité d’utilisation de nos produits. Nous sommes dans une logique d’usage et de bien-être face aux écrans. Pour paraphraser Renault et ses voitures, nous proposons des ordinateurs à vivre, principalement destinés aux néophytes et aux primo-accédants. Les seniors correspondaient à cette définition. Ordissimo est né de la convergence d’un concept avec une population qui avait besoin de cette facilité pour accéder à un ordinateur.

Qui sont vos clients ?

Nous comptons aujourd’hui 60 000 clients. En moyenne, ils sont âgés de 69 ans et sont des clientes dans 53 % des cas. Ils reflètent les statistiques de l’Insee sur cette tranche d’âge : la moitié de nos clients déclare des revenus annuels inférieurs à 15 000 euros, dans la norme d’une retraite mensuelle de 1 264 euros. Une majorité (77 %) est propriétaire, et habite une commune rurale (53 % de nos clients).

Comment rendre l’informatique accessible aux seniors ?

Nous avons constaté chez certains seniors un sentiment d’inutilité par rapport aux écrans. C’est une génération qui a passé la majeure partie de sa vie sans Internet ni ordinateurs, et qui se base sur ce ressenti. Il n’y a pas d’hédonisme dans l’acte d’achat d’un ordinateur chez nos seniors : ils investissent par rapport à un véritable besoin, et non pour se faire plaisir. Ils ont besoin d’un ordinateur pour traiter les photos de famille et les photos de vacances, pour trouver des recettes de cuisine, pour voir leurs proches via une webcam, etc. Pour répondre à ces besoins utilitaires, notre système est basé sur trois points : une page d’accueil fluide avec des icônes très claires ; un clavier où chaque touche a une seule fonction ; et enfin un accès avec un seul clic, sans clic droit ou gauche. Nous avons simplifié l’accès, mais pas les fonctions : nos ordinateurs proposent les mêmes fonctionnalités qu’un ordinateur classique. Il ne faut pas confondre simplicité avec simplification.

Et si les seniors étaient l’avenir de Facebook ? (et inversement)

Les seniors débarquent sur Facebook... et c'est un gage de viabilité.

Les seniors débarquent sur Facebook… Gage de longévité du réseau ?

Depuis des mois, de nombreux experts, de nombreuses études, prédisent la fin de Facebook. Pourquoi ? Parce que les ados s’en lassent. Effectivement, sans réelle surprise, les ados, rejoints sur Facebook par leur famille, ont logiquement réduit leur exposition pour s’exiler en des lieux mieux protégés du regard parental.

Or, ce sont les ados qui ont assuré la médiatisation et la popularité du réseau social il y a maintenant 10 ans. Ce sont eux les prescripteurs en matière de culture numérique, eux qui explorent de nouvelles voies. S’ils ne sont plus là, que va-t-il donc advenir de Facebook ? Des chercheurs américains, se basant sur le sort réservé à MySpace, réseau musical qui a connu son heure de gloire au milieu des années 2000, viennent de prédire la fin de Facebook très précisément pour 2017. Autant dire demain.

Pourtant, les chiffres sont tombés hier : Facebook affiche une santé financière solide, avec des revenus en progression de 55 % en 2013. Et surtout, non seulement le nombre d’utilisateurs ne chute pas malgré la désaffection des ados, mais il continue de croître : Facebook revendiquait fin décembre 1,23 milliard d’utilisateurs actifs mensuels (contre 1,19 milliard le trimestre précédent). Parmi eux, près de la moitié (556 millions) se connecte tous les jours, un chiffre en hausse de 49% sur un an.

On ne peut s’empêcher de rapprocher ces chiffres de ceux d’une autre étude récente : en trois ans, Facebook a certes perdu 25 % des 13-17 ans, une présence largement compensée par l’arrivée massive (+ 80 % !) des plus de 55 ans sur la même période… Et c’est peut-être là la force de Facebook : avoir su offrir une plate-forme qui séduise aussi bien les ados (ils postent certent moins, mais ils sont « là » malgré tout) que leurs grands-parents. Entre deux, les parents sont arrivés sur Facebook avec pour première motivation de comprendre ce qui s’y passait pour mieux surveiller leur progéniture (voir les sites Parents 3.0 et Ados 3.0). Pour les parents, Facebook est la plupart du temps synonyme de stress, de conflits, d’incompréhension, tandis que pour les grands-parents, qui n’ont en général que le bon côté des relations avec les petits-enfants, Facebook représente une réelle opportunité de communiquer avec toute la famille. Il s’installent avec confort sur le réseau, sans a priori, même s’ils n’en maîtrisent pas toutes les subtilités. Et si l’on regarde plus dans le détail, l’arrivée des seniors devrait même réjouir Mark Zuckerberg, le créateur de Facebook : dès l’an prochain, pour la France, selon le Crédoc, le poids des seniors dans les dépenses de consommation dépassera les 50%, bien plus que leur poids démographique (39%). Aujourd’hui, plus d’un tiers des Français a plus de 50 ans. Et les plus de 60 ans, qui sont 15 millions actuellement, seront 20 millions en 2030 et près de 24 millions en 2060. Si l’on s’en tient à ces seuls chiffres, l’avenir de Facebook est assuré.

Portrait robot du senior connecté

A shot of a senior couple video conferencing with their granddaughter

Il a plus de 55 ans (ou plus de 60 ans selon les études), mais a un rapport à l’âge beaucoup moins angoissé que ses aînés : le senior d’aujourd’hui a grandi après-guerre, dans un contexte économique très favorable, qui connaissait ce qui relève aujourd’hui du mythe, le plein emploi. A l’époque, le progrès n’était pas perçu comme potentiellement dangereux, mais comme porteur d’espoirs…

Les silver surfeurs, surfeurs aux temps grises et actives

Ceux que l’on nomme désormais les silveur surfeurs ne sont certes pas des digital native, mais ils embrassent le monde connecté avec la confiance propre à cette génération qui a prospéré avec les trente glorieuses. Ils représentent aujourd’hui un quart des internautes français et sont de plus en actifs en ligne. Contrairement à leurs enfants – les parents d’aujourd’hui -, ils ne voient dans les écrans que des motifs de satisfaction : ils se connectent pour communiquer et rester en contact avec leurs proches, pour aller à la pêche aux infos, pour jouer (ils sont par exemple surreprésentés sur le site de la Française des Jeux), pour consommer, et, de manière générale, pour occuper leur temps libre. Seuls freins pour eux : la complexité apparente des « technologies de l’information », et la crainte de perdre des données personnelles. Pour le reste, les seniors sont très éloignés des « dangers du Net » et ont un rapport positif avec les réseaux sociaux. La preuve : ils délogent peu à peu de Facebook les ados, et représentent aujourd’hui plus de 15% des inscrits américains, avec un bond de 80% en deux ans pour cette tranche d’âge.

Internet est essentiel

Même constat sur Twitter France, où la plus forte croissance du côté des utilisateurs vient des seniors (plus de 55 ans), dont le nombre a doublé entre 2012 et 2013, pour s’établir à 1,4 million… soir plus que les 15-24 ans (1,2 million). La campagne présidentielle de 2012, où les hommes politiques s’étaient emparés de Twitter, a peut-être poussé les seniors à se tourner vers ce réseau pour aller à la pêche aux infos. Ils ne sont pas cependant (pas encore !) des utilisateurs actifs. Au total, un senior français sur cinq est inscrit sur un réseau social. Pas étonnant, dans ces conditions, que la moitié des seniors considèrent qu’Internet est important pour leur vie sociale, voire « essentiel » pour 20% d’entre eux.

NB : tous les chiffres sont issus d’études, qui sont disponibles dans la rubrique « Faits et Chiffres » du site.

Les seniors dans la galaxie 3.0

Du temps, l'envie de communiquer avec ses proches : les seniors investissent l'espace numérique

C’est une conversation entendue dans un train :
« – Tu sais comment envoyer des SMS ?
– Mais enfin, quand même… On est retraités mais on n’est pas empotés !« 

C’est ce grand-père qui prévient son petit-fils : « Bon, je ne te téléphonerai pas, je n’aurai pas le temps, un mail suffira.« 

C’est cette grand-mère qui assiste à une formation sur les réseaux sociaux parce qu’elle veut retrouver des « vieilles copines perdues de vue ».

Ce sont aussi ces grands-parents au jardin d’enfant, qui sont les premiers à dégainer le smartphone pour faire des vidéos, tandis que les parents n’ont pas le temps, trop occupés à surveiller leurs enfants qui courent partout.

Eux, ce sont des seniors. Et ils sont de plus en plus connectés. On les appelle même les silver surfeurs (surfeurs grisonnants). Ils ont un rapport très positif avec le numérique, parce qu’ils sont à un âge où l’on ne s’encombre plus de freins potentiels ou d’angoisses inutiles (le « danger » supposé des écrans ne passera pas par eux), et où l’on a une idée très précise de ses priorités (la famille, les enfants, les petits-enfants, la santé, les loisirs), priorités qui agissent comme des aiguillons pour créer et garder du lien. Et quels outils, aujourd’hui, permettent de garder facilement le contact avec sa sphère privée ? Les médias sociaux en particulier, Internet au sens large. Bref, le numérique.

Les seniors ont donc l’envie, cette envie éminemment humaine de communiquer avec leurs proches. Mais ils ont en plus une botte secrète, un atout en or, qui fait rêver les générations plus jeunes : du temps. Et il en faut, du temps, pour se former à ces outils souvent qualifiés de chronophages, pour les utiliser à sa guise, sans stress. Il en faut, du temps, pour gérer les 4500 photos et vidéos du dossier « images » de l’ordinateur. Il en faut, du temps, pour répondre aux mails et pour en envoyer. Il en faut, aussi, pour participer aux forums cuisine ou santé des sites de bien-être.

Le temps, l’envie : deux notions clés qui font des seniors de parfaits candidats à la vie numérique dans ce qu’elle a de meilleur.

Et de son côté, Internet a de quoi séduire les « personnes âgées ». En premier lieu justement parce que sur Internet, l’âge ne compte pas. Pour paraphraser le célèbre adage issu d’un dessin du New Yorker (sur Internet, personne ne sait que je suis un chien), on pourrait dire : sur Internet, personne ne sait que je suis un vieux. Les réseaux sociaux fonctionnent à l’affinité, les communautés se construisent en fonction des centres d’intérêt, pas en fonction de l’âge, même s’il est évident que certains centres d’intérêt sont liés à l’âge. Un « vieillard » comme Bernard Pivot, 78 ans, est très actif sur Twitter, où son compte réunit près de 200 000 abonnés. Sur Twitter toujours, les « jeunes retraités » viennent passer une partie de leur temps pour se tenir au courant et éventuellement interpeller des personnalités. Sur les forums, jeunes et moins jeunes s’échangent des recettes ou papotent de la pluie et du beau temps sans tenir compte de l’âge de son correspondant. Et puis sur Internet, on peut faire ses courses sans se déplacer.

Ce que l’étude du Credoc sur les « seniors connectés » résume ainsi : « Internet permet d’entretenir des relations avec un réseau d’anciens collègues et amis et avec la famille. Cela incite à se déplacer, à inviter chez soi et ainsi à continuer de consommer. La consommation des seniors est de fait dépendante des relations sociales qu’ils entretiennent, et qu’Internet facilite. »

Tout est donc en place pour que les seniors trouvent leur place en ligne. Et ils la prennent : en quatre ans, entre 2009 et 2013 l’utilisation des réseaux sociaux par les plus de 65 ans a triplé, passant de 13% à 43% selon une étude du Pew Research Center publiée en août 2013. Aujourd’hui, près d’un senior sur cinq est inscrit sur un réseau social.  En France, près de 3 millions de seniors sont sur Facebook.  Toutes les études le prouvent, et les chiffres ne vont cesser de croître, avec l’arrivée des baby boomers à la retraite.

C’est donc l’objet de ce blog : observer les usages pour mieux comprendre comment les seniors s’emparent du Web, et comment les différentes générations interagissent entre elles. Seniors 3.0 est en effet le dernier-né, sans jeu de mots, de la galaxie des blogs de la famille 3.0 : après Parents 3.0, qui s’intéresse aux usages parents / enfants depuis 2010, puis Ados 3.0 qui observe depuis deux ans au plus près les pratiques des ados connectés, il nous a paru logique que la galaxie 3.0 s’intéresse également aux silver surfeurs, de plus en plus nombreux, et aux profils variés. C’est donc chose faite aujourd’hui avec le lancement de Seniors 3.0. Le blog va scruter avec intérêt les comportements,  en épluchant les études disponibles,  en interviewant des spécialistes, en donnant la parole aux seniors, ou en mettant en lumière des initiatives intéressantes.

Laurence Bee
Journaliste, Fondatrice des blogs de la famille 3.0